Immobilier

Guide sur le droit au logement en EHPAD

Dulce 22/06/2026 11:17 9 min de lecture
Guide sur le droit au logement en EHPAD

Vous venez d’emménager votre parent en EHPAD, et soudain, la question du bien immobilier qu’il occupait surgit : qui en a la charge ? Qui paie les factures ? Et surtout, comment éviter que ce patrimoine ne devienne un fardeau financier ? C’est une situation vécue par des milliers de familles chaque année, souvent dans la précipitation. Pourtant, une solution existe, méconnue mais puissante : le droit d’usage et d’habitation.

Comprendre le droit d'usage et d'habitation en contexte de dépendance

Définition juridique et périmètre du DHU

Le droit d’usage et d’habitation (souvent abrégé DHU) permet à une personne d’occuper gratuitement un logement sans en être propriétaire. Il est strictement personnel, non cessible et ne donne aucun droit à la location. Contrairement à l’usufruit, il ne permet pas de percevoir des revenus fonciers. C’est un levier de protection patrimoniale souvent utilisé dans les transmissions familiales. Pour approfondir les détails techniques de cette situation, on peut consulter l’expertise de le média web de l'habitat.

La persistance du droit après l'entrée en EHPAD

Un point essentiel : le placement en maison de retraite n’éteint pas automatiquement le DHU. Tant qu’il n’y a pas de renonciation formelle devant notaire, le bénéficiaire conserve son droit d’occuper le bien. Cela implique des obligations financières, même si l’habitation est vide. Une clause d’anticipation dans l’acte initial peut préciser les conditions de cessation du droit en cas de dépendance.

🔍 Critère⚖️ Droit d’usage et d’habitation (DHU)🌳 Usufruit
Occupation du bienOui (usage personnel uniquement)Oui (personnelle ou locative)
Droit de louer🚫 Non✅ Oui
Cessibilité🚫 Non (droit personnel)✅ Oui (cession à titre onéreux possible)
Valeur estiméeEnviron 60 % de l’usufruitÉvaluée selon l’âge du bénéficiaire

La gestion financière du bien immobilier inoccupé

Guide sur le droit au logement en EHPAD

Répartition des charges entre occupant et propriétaire

Même en EHPAD, le titulaire du DHU reste redevable de plusieurs charges : la taxe d’habitation, l’entretien courant (jardinage, petits travaux), les abonnements (eau, électricité, internet) et l’assurance habitation. En revanche, le propriétaire supporte les grosses réparations (toiture, fondations, chauffage collectif) et la taxe foncière. C’est un partage classique, mais souvent oublié en période de transition.

Pendant l’absence prolongée, la question de l’assurance prend tout son sens. Une habitation vide est plus exposée au risque de squat, de dégâts des eaux non détectés ou de vandalisme.

L'importance d'une assurance multirisque adaptée

Les contrats d’assurance habitation classiques excluent souvent les sinistres survenant après plus de deux mois d’inoccupation. Il est donc crucial de modifier la couverture : soit en optant pour une extension “inhabité”, soit en souscrivant une police spécifique. Sans cela, en cas de sinistre, ni le propriétaire ni l’occupant ne sera indemnisé. Une omission coûteuse, côté pratique.

Options de valorisation et sortie du DHU

La conversion en rente ou la cession

Parfois, le bien immobilier peut devenir une ressource pour financer les frais d’EHPAD. Plusieurs pistes s’offrent aux familles : la cession gratuite du DHU à un enfant, la transformation du droit en rente viagère, ou encore la vente du bien avec conservation du droit d’habitation. Cette dernière option permet de libérer du capital tout en garantissant une forme de sécurité au résident.

Ces opérations, délicates, nécessitent un accompagnement notarial rigoureux. Le but ? Préserver l’intérêt du bénéficiaire tout en optimisant la gestion patrimoniale du bien. C’est là que l’anticipation devient une stratégie gagnante.

Fiscalité et exonérations lors d'un départ en maison de retraite

Conditions d'exonération de la plus-value immobilière

Un dispositif méconnu permet d’éviter l’impôt sur la plus-value lors de la vente d’un bien occupé sous DHU après un placement en EHPAD. Pour en bénéficier, deux conditions sont requises : le logement doit avoir été la résidence principale du vendeur pendant au moins deux ans, et ce dernier ne doit pas avoir constitué un nouveau domicile fiscal. Cette exonération peut représenter des dizaines de milliers d’euros d’économies.

Le coût des formalités administratives

La renonciation à un droit d’usage et d’habitation, si elle est gratuite, coûte en général entre 100 et 200 € en frais de notaire. En revanche, si cette renonciation est onéreuse (le bénéficiaire est indemnisé), des droits d’enregistrement s’appliquent sur le montant perçu. Une distinction essentielle à ne pas négliger au moment de la liquidation du patrimoine.

  • 📍 Le domicile fiscal peut rester lié au bien, même en EHPAD
  • ⏱️ La vente doit intervenir dans un délai raisonnable après le placement
  • 📎 Les justificatifs de frais de dépendance peuvent renforcer la demande d’exonération
  • 📊 L’évaluation du DHU (environ 60 % de l’usufruit) impacte la déclaration IFI

Impact sur l'IFI et la déclaration de patrimoine

Le DHU est pris en compte dans l’assiette de l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI). Sa valeur, bien que moindre que celle d’un usufruit, doit être estimée avec précision. Une surestimation peut alourdir la taxation, une sous-estimation nuire à la transparence fiscale. La règle du 60 % de la valeur d’usufruit sert souvent de base, mais un avis notarial reste le plus sûr garant.

Protéger le résident sous tutelle ou curatelle

L'autorisation du juge des contentieux de la protection

Lorsqu’une personne est placée sous tutelle, toute décision concernant son patrimoine immobilier doit être validée par le juge. Cela inclut la vente du bien, la modification du statut du DHU ou même sa simple renonciation. Le juge vérifie systématiquement que l’intérêt du protégé est préservé. Le fait que le DHU coûte cher à la famille ne suffit pas à justifier son abandon.

Le rôle du tuteur dans la gestion courante

Le tuteur ou curateur a pour mission de maintenir le bien en bon état, même s’il est inoccupé. Cela passe par un inventaire des meubles, la fermeture sécurisée des lieux, et le suivi des charges. L’objectif ? Éviter la dégradation, le squat, ou la perte de valeur patrimoniale. Une gestion négligée pourrait être reprochée en fin de tutelle.

Anticiper la fin du droit d'usage

Les conséquences du décès du bénéficiaire

Le DHU s’éteint automatiquement au décès du bénéficiaire. Contrairement à l’usufruit, aucune déclaration de succession complémentaire n’est nécessaire pour reprendre la pleine propriété. Le propriétaire initial ou ses héritiers récupèrent alors la jouissance totale du bien, sans formalités lourdes. C’est un avantage majeur en termes de fluidité successorale.

Cette fin de droit ouvre la voie à une vente rapide ou à une relocation, ce qui peut s’avérer utile pour régler les frais d’EHPAD ou équilibrer une succession. Là encore, l’information circule peu, alors qu’elle devrait être connue de tous.

Questions et réponses

Mon père est en EHPAD depuis un an, puis-je prêter sa maison à ma fille ?

Non, le droit d’usage et d’habitation est strictement personnel et ne permet ni la location ni l’hébergement de tiers. Toute occupation par un tiers, même familiale, nécessite l’accord du propriétaire ou une modification du statut juridique du bien.

Faut-il résilier l'assurance habitation dès le jour du déménagement en maison de retraite ?

Non, il est fortement déconseillé de résilier l’assurance. Une habitation inoccupée reste exposée aux risques. Il faut en revanche modifier la garantie pour inclure une clause d’inhabitation prolongée ou souscrire une police adaptée.

Vaut-il mieux garder le DHU ou le transformer en usufruit avant l'entrée en établissement ?

L’usufruit offre plus de flexibilité, notamment la possibilité de louer le bien. Mais il est plus coûteux à transmettre. Le choix dépend de la stratégie familiale : sécurisation de l’occupation ou valorisation financière du patrimoine.

À quel moment doit-on contacter le notaire pour renoncer à son droit d'habitation ?

Il est recommandé d’agir dès la signature du contrat d’hébergement définitif en EHPAD. Cela permet d’arrêter les charges inutiles liées à l’entretien et à l’assurance, tout en sécurisant juridiquement la sortie du droit.

← Voir tous les articles Immobilier